
Nos gouvernements prétendent que ça contribue à la richesse de la « nation ». L'argent ruissellerait, selon leurs dires, dans nos poches et alimenterait les filets sociaux. En ces temps traversés par des tensions géopolitiques, notamment avec les soi-disant États-Unis, l'industrie forestière nous permettrait de préserver une certaine souveraineté économique.
Mais quelle souveraineté? Cet argent, où va-t-il réellement? À qui profite réellement cette industrie? De quoi est-elle le nom?
Les multiples mobilisations des peuples autochtones - dont la lutte de MAMO Premières Nations ayant poussé à l'abandon du projet de loi 97 - montrent crûment que tous ces discours ne sont que mensonges: les activités de l'industrie forestière sont directement complices du projet génocidaire du soi-disant Canada, lequel est propre à son colonialisme d'établissement. Ses activités se font en territoire non cédé et détruisent tout sur son passage: contamination des cours d'eau, massacre des arbres, de la faune, de la flore, etc. Un tel saccage compromet gravement l'exercice de la souveraineté ancestrale.
Par ailleurs, l'industrie forestière, contrairement aux affirmations des dirigeant·e·s politiques, n'est pas du tout « rentable »: c'est le gouvernement qui, à coups de subventions, gonfle les poches des compagnies forestières. Ce montant disparait ensuite, comme par magie, dans des paradis fiscaux. L'État subventionne ainsi des industries participant directement au génocide des populations et de la nature.
Pour toutes ces raisons (et bien d'autres encore), l'industrie forestière, nous n'en voulons pas. La spoliation des territoires ancestraux, les multiples embûches imposées à l'exercice de la souveraineté ancestrale et l'écocide doivent cesser.
Ce que nous exigeons est simple: l'abolition de l'industrie forestière, du capitalisme, du colonialisme et de l'État. Nous crachons sur ce système qui carbure à l'extermination des peuples autochtones et écosystèmes. Nous ne voulons rien entendre des arguments pro-foresterie: nous les connaissons déjà et savons qu'ils ne sont qu'illusoires.
Cette abolition ne s'effectuera pas toute seule: elle ne se fera qu'au prix d'une lutte de longue haleine. Depuis plusieurs centaines d'années, les peuples autochtones se mobilisent contre les présences coloniales que sont l'État et le Capital. Contrairement à ce que la propagande occidentale tente de nous faire croire, ils n'ont jamais été passifs. Malgré les multiples tentatives de les effacer et au grand dam de l'État et des entreprises, les peuples autochtones continuent d'exercer leur souveraineté et de leur résister.
De fait, plusieurs luttes contre la présence coloniale ont été ou sont en cours: on peut compter les exercices de souveraineté ancestrale (c'est-à-dire blocages forestiers) des Nehirowisiw Aski; la formation de MAMO Premières Nations (regroupant les Gardien·nes du Neihirowisi Aski, du Nitassinan et du Ndakina) pour contrer les projets de développement extractif sur les territoires ancestraux millénaires; les plus longs blocages forestiers de la Première Nation de Grassy Narrow; etc.
Soyons solidaires de leurs luttes et militons à leurs côtés. Cela veut dire d'apporter le soutien qu'iels nous demandent, et ce, sans leur imposer, tel·le·s des colon·ne·s, une manière de faire ou sans chercher une forme de mérite. Cela veut dire de faire connaitre leurs luttes auprès des populations allochtones et de les inviter à se mobiliser. Cela veut dire de montrer de quoi l'industrie forestière est réellement le nom. Cela veut dire de pointer au grand jour la fausse légitimité des États et des entreprises qui, dans les faits, carburent à la spoliation des terres, au génocide des peuples autochtones et racisés et à l'écocide. Cela veut dire de nuire, par tous les moyens possibles, aux activités des entreprises extractivistes capitalistes dans lesquelles l'industrie forestière s'inscrit. Cela veut dire, enfin, de détruire les structures coloniales que sont l’État, la police, le capitalisme, le système carcéral et l’armée, au soi-disant Canada comme ailleurs.
Dans ce qui suivra, nous traiterons de la foresterie et du régime forestier au soi-disant Québec et, à plus grande échelle, au soi-disant Canada. Nous nous pencherons sur un géant de la foresterie, Domtar, champion mondial des génocides des populations autochtones auxquels il contribue dans les quatre coins de la planète. Nous ferons, finalement, un portrait des luttes en cours contre l'industrie forestière et, plus largement, contre le colonialisme et le capitalisme. Nous indiquerons diverses manières de s'impliquer. Nous lancerons aussi quelques réflexions sur la société que nous désirons construire, et ce, en parlant de l'éthique du care, de décolonisation et du dualisme Nature-Société. Nous espérons ainsi montrer le véritable visage de l'industrie forestière, du capitalisme et des États coloniaux et allumer la flamme qui vous donnera envie de vous impliquer (ou de continuer de le faire).
En bref, la foresterie, kossa donne? Fuckall!
Ensemble, faisons table rase des multiples oppressions qui cherchent à nous diviser, à nous réduire au silence!