L’industrie de la foresterie est subventionnée à coups de centaines de millions de dollars par année par le gouvernement provincial. Cette stratégie du gouvernement produit une abondance de matières premières à peu de frais pour attirer les entreprises qui en tirent profit. Cette manœuvre dissimule une autre réalité: on dévalorise la production, ce qui encourage le gaspillage.

Financer la coupe

Le gouvernement du soi-disant Québec finance la destruction des forêts anciennes. En effet, une étude de l'IRIS suggère que l’impôt net payé par les entreprises forestières est en moyenne négatif entre 2000 et 20151. Toutefois, le gouvernement va bien au-delà de ça: il paye en plus les travaux sylvicoles - comme le reboisement (193 millions en 2019) - ainsi que les pépinières (39,7 millions) qui produisent les arbres qui seront replantés ultérieurement. Au fur et à mesure que les populations ont délaissé les journaux papier depuis le début des années 2000, les gouvernements ont augmenté les subventions octroyées aux entreprises forestières pour éponger leurs pertes de profit. Nos taxes servent donc à maintenir en vie cette industrie déficitaire.

Attirer les entreprises

Ces mesures de soutien aux entreprises sont particulièrement inefficaces pour créer de la richesse. De fait, ces compagnies exploitent les forêts d’ici afin d’empocher la somme provenant des subventions gouvernementales, pour ensuite exporter la ressource le plus vite possible. En effet, leur taux de profit sera nécessairement plus faible si elles effectuent les transformations ici, cette opération n'est pas subventionnée. C’est pour cette raison que la majorité du bois coupé au soi-disant Québec, après être passée par les usines de sciage pour être transformée en bois d'œuvre, est ensuite exportée2. À l’échelle du soi-disant Canada, c’est 70% de la production de bois d'œuvre qui est exportée, en grande partie vers les soi-disant États-Unis3. Les frais déboursés par le gouvernement du soi-disant Québec contribuent donc directement à dévaloriser le prix de la ressource. En effet, les présidents américains, qui ont alternativement appliqué et annulé des tarifs compensatoires sur le bois d’œuvre depuis des décennies4, utilisent les subventions accordées à l’industrie du bois pour renflouer les finances du gouvernement ou pour abaisser le coût de l’immobilier dans l’État. C’est particulièrement dégueulasse quand on pense aux conditions d’habitation des communautés autochtones déplacées en réserve pour faire place à la dévastation écologique.

Gaspillage

Une autre chose que signifient les 250 millions donnés aux compagnies forestières chaque année, c’est que les produits du bois sont tellement bon marché et abondants qu'il devient alors normal de les gaspiller. En d'autres mots, les produits du bois deviennent jetables dans l'usage commun​​​​5. L'abattage d'arbres subventionné et non imposé devient la méthode la plus rentable pour produire de la matière ligneuse. À l'opposé, le recyclage des produits à base de bois reste très dispendieux, particulièrement pour la collecte, ce qui l'élimine complètement du marché. Ensuite, en prenant une distance culturelle, il est possible de voir comment la dépréciation des ressources naturelles transforme la relation à l’imprimé (ne pensons qu’aux pratiques de pilonnage, ou au publipostage), à l’hygiène (ne pensons qu’à l’utilisation du bidet dans le reste du monde et les pratiques alternatives liées aux serviettes sanitaires jetables, aux couches pour bébé jetables, etc.) et au transport (pensons aux boîtes de carton, mises au décyclage après une utilisation, contrairement aux bacs de lait qui sont réutilisés circulairement). Loin d’être simplement « normaux », nos modes de vie se sont développés autour de cette abondance artificielle créée par l’argent des impôts. Le capitalisme produit déjà assez de gaspillage, il n’est pas nécessaire d'alimenter cette tendance à coups de subventions.

Les gouvernements payent très cher pour encourager le gaspillage et la destruction des forêts du soi-disant Québec. Nous ne retirons rien de ces investissements, car la majorité de la ressource est destinée à l’exportation. Alors que les exportations de bois sont particulièrement menacées par les tarifs états-uniens, il est grand temps de rompre avec l’industrie forestière!


1 Pour en savoir plus, consulter Portrait de l’industrie forestière au Québec : une industrie qui a besoin de l’État, par Bertrand Schepper et Alexandre Bégin, publié en 2020: https://iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads/2021/03/Forets_WEB.pdf
2 Le sciage du bois avant exportation est nécessaire, parce qu'il est beaucoup plus difficile de transporter des arbres ronds par les voies ferroviaires que des planches carrées empilées, et ce, en plus que l'écorce des arbres est couverte de nombreux insectes qui peuvent endommager les écosystèmes s'ils sont transportés sur de longue distance.
3 Consulter L’industrie du bois d’œuvre résineux du Canada, publié par le Gouvernement du Canada en 2025: https://ressources-naturelles.canada.ca/forets-foresterie/industrie-comm...
4 Les premiers droits compensateurs imposés aux importations canadiennes de bois surviennent en 1866 avec  la fin du traité de réciprocité canado-états-unien de 1854, voir l'ouvrage d'A. R. M. Lower, The North American Assault on Canadian Forest.
5 Les objets deviennent jetables en fonction de leur valeur. Même dans le cas des déchets, les personnes accordent une importance plus grande aux canettes consignées qu'aux objets recyclables. C'est la même chose pour les boîtes de cartons qui sont données par les commerces pour les déménagements et desquelles il ne semble jamais manquer.