Le reboisement, c’est loin d’être une job facile: vivre dans sa tente un été durant, avec les mouches et le soleil. Pour compléter la description du reboisement au soi-disant Québec, on a fait une entrevue avec un camarade qui a été contremaître sur des plantations pendant plusieurs années. Les phrases n’ont été retouchées que pour l’esthétique.

Quand vous arrivez sur une parcelle à reboiser, ça a l’air de quoi?

En principe on dit qu'on fait plus de coupes à blanc mais, quand on arrive sur un terrain, ça a l'air de ça.

À quoi ça sert le reboisement?

Souvent quelqu'un qui connaît pas du tout le reboisement se dit comme « ah, le reboisement… On plante des arbres! On va créer des forêts! », mais non. C'est un rouage dans l'exploitation de la forêt. On plante pour recouper dans 30-40 ans. L’objectif, c’est l'exploitation de la ressource.

Est-ce que la job est bien faite?

Un planteur se penche 2000 fois par jour à tous les 6 pieds avec 40 livres sur les hanches. Ça se peut qu'il manque un arbre une fois de temps en temps, ça arrive.

Au Québec, quand il y a un contrôle de qualité, faut que 85% de tes arbres soient bien plantés. Le gros no-no, on appelle ça un « J root », c'est quand l'arbre est planté en forme de J. Ça, c'est un mauvais travail de planteur·euse. L'arbre planté en J est un arbre qui va pousser tout croche en S. Pis ça, on s’entend, c'est pas mauvais pour la forêt, mais c'est pas un arbre commercialement rentable, parce que c'est ça le reboisement.

Par contre, la sélection des essences au Québec, c'est beaucoup de la monoculture. Si on compare à l'Alberta ou à la Colombie-Britannique, un·e planteur·euse va se promener des fois avec 5-6 essences d'arbre sur ellui et il faut qu'iel juge quel arbre planter au bon endroit selon le sol.

Ici, on a des projets de 150 hectares, on s'entend 150 hectares c'est assez grand fait que tu vas avoir de l'humide (un marécage), du sec, des sols rocheux… Il faudrait que tu adaptes ta plantation, mais tu fais avec ce qui est disponible aussi dans les pépinières. Souvent on te dit « OK plante 100 000 arbres de telle essence à tel endroit ».

Est-ce que le monde qui plantent savent que c’est relativement inutile ?

Les lunettes roses quand on parle de la disparition du caribou forestier ou qu'on entend dire : « C'est correct! on fait des zones protégées! On fait attention pis tout ça », ça vient soit des ministres de la forêt ou des gros big boss des compagnies. Toustes celleux qui sont sur le plancher, les planteur·euse·s, les personnes qui bûchent, tsé... T’as le nez dedans, tu le sais que c’est une industrie d'exploitation pis y'a personne qui est dupe là. Quand je travaillais dans cette industrie-là, je savais que je vendais un peu mon âme au diable. Je le faisais pour la paie, puis payer mon loyer, puis manger.

Est-ce que les plantations fonctionnent dans le cycle écologique?

Une forêt de conifères que tu rases généralement c'est le feuillu qui va reprendre. Donc, tu remplaces la forêt… c'est son cycle. Un feu pogne, c'est la même affaire. Tu vas avoir du feuillu qui va pousser, ce feuillu va mourir. Y va faire un genre d’hummus. Après ça, c'est les grands arbres qui vont pousser. Comme je disais, pin blanc, pin gris, il faut que tu plantes ça dans du sec, dans du sable, il faut que ça soit drainé. Il y a ces considérations-là, mais c’est souvent pas possible à cause des limitations de stock.

Comment les coupes contribuent aux incendies de forêt?

Il y avait une route qu'une fois de temps en temps quand il faisait bien bien chaud on s’arrêtait juste avant le camp. On s'arrêtait là, il y avait un étang à castor, ça devait faire 100 mètres de large par 1 km de long. On se pitchait dans l'eau, ça avait dix pieds de creux. Les castors se promènent le long des rivières, s'en vont 2-3 km et en font un autre. Dans la forêt ça amène une certaine résilience aux feux. Puis à un moment donné, ils ont pété le barrage de castor et tout ça s'est drainé. C’est sûrement pas de cause à effet, mais j'ai fait 3 bonnes années dans les environs de Lebel-sur-Quévillon puis je pense que je peux dire avec une pas pire assurance que la moitié, sinon le trois-quarts de ces arbres-là, sont tous partis en fumée. Ils ont tous brûlé.

Est-ce que les coupes sont aménagées en fonction du replantage?

C'était pas un énorme projet, mais je me rappelle d'un projet d'une bonne trentaine d'hectares, c'était une swamp d'argile. Pis l'argile je me dis, pour avoir planté bien des endroits en argile, je me dis « ça va juste pas pousser ». On devrait juste pas couper ce qu'il y a de l'argile, on pourrait laisser ça tranquille, puis ça repousse pas après. L'argile, quand c'est exposé, le soleil pogne là-dessus, ça sèche, puis ça devient de l'asphalte là. 30 hectares c'est 60 000 arbres qui ont été jetés aux poubelles, qui sont morts c'est sûr sûr sûr.

Au final, ça donne quoi le reboisement?

Y’a une bonne proportion des arbres qui sont plantés en sachant très bien qu'ils vont mourir. Ça, ça arrive quand même beaucoup. Je ne vais pas dire un arbre sur trois, là, ce n'est pas ça, mais beaucoup quand même.