En guise de suite à l’article précédent, sans prétendre à l’exhaustivité, nous ferons un bref portrait des luttes autochtones en cours au soi-disant Québec et dans le reste du soi-disant Canada.

Retour sur le projet de loi 97

Commençons par revenir sur la lutte entourant le projet de loi 97. En septembre 2025, le gouvernement du soi-disant Québec abandonnait ce projet de loi colonial qui visait principalement à moderniser le régime forestier. Cet abandon résulte d'une forte mobilisation et d’une rare collaboration entre des organisations allochtones réformistes et radicales ainsi que des gardien·ne·s du territoire. Dans la foulée de la lutte contre la réforme du régime forestier, le peuple Nehirowisiw, qui exerçait déjà sa souveraineté ancestrale via des blocus routiers, a formé une alliance regroupant des gardien·ne·s du territoire nehirowisiw, innues, wabanaki et anishinaabeg, soit MAMO Premières Nations. MAMO a fait diverses actions : tipis érigés sur des lieux symboliques, manifestations, mandats d'éviction aux compagnies forestières et établissement de camps sur les routes forestières. Cette campagne a aussi eu l'appui d’associations étudiantes et de collectifs œuvrant pour la justice sociale.

Pendant ce temps, des organisations non gouvernementales (ONG) environnementales, des scientifiques, des syndicats de l'industrie ainsi que l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APQNL) – laquelle représente l'ensemble des conseils de bande (institutions imposées par la colonisation pour représenter les communautés autochtones auprès de l'État) – accumulaient réunions, sorties de presse et rapports pour dénoncer le PL97. Parmi les actions posées par les acteur·ice·s institutionnel·le·s, ce qui a le plus contribué au succès du mouvement est leur non-dénonciation des tactiques plus directes employées par MAMO Premières Nations. Considérant que ce n’est qu’une question de temps avant que l’État colonial ponde une nouvelle mouture d’un projet de loi similaire, nous espérons qu’un tel respect de la diversité des tactiques perdurera1. Pour MAMO Premières Nations, tant que la dévastation forestière continuera, le Kilomètre 134 et Territoire 59, l’aide mutuelle et le support matériel demeureront nécessaires.

Des résistances multiples ne datant pas d’hier

Comme montré dans l'article Le racisme environnemental de Domtar : poursuite d’une logique coloniale d’élimination, les blocages ou exercices de souveraineté ancestrale, comme les nomment MAMO, sont menés dans diverses luttes, partout au soi-disant Canada. Par exemple, en 2019-2020, il y a eu plusieurs exercices de souveraineté ancestrale. Le plus populaire dans l'imaginaire collectif est celui autour de la lutte des Wet'suwet'en contre le pipeline Coastal Gaslink (CGL). Celle-ci, par le mouvement Shut Down Canada, s’est répandue à travers le soi-disant Canada. Les ONG environnementales se sont dites solidaires de la lutte, même si peu d'entre elles effectuaient des actions de solidarité, comme redistribuer leur financement pour aider les personnes en première ligne, fournir du support matériel ou partager leurs ressources pour supporter le mouvement. Plusieurs « blocages » autochtones ont eu lieu. 

Pour continuer, en 2020, les défenseur·euse·s des terres Anishnabe ont mis en place des points de contrôle dans la réserve faunique La Vérendrye pour mettre fin à la chasse à l’orignal et exiger la mise en œuvre de mesures gouvernementales afin de protéger cet animal menacé. Cela a permis d’aboutir à un moratoire sur sa chasse. Ici, il est facile de faire un lien avec la foresterie, car le déclin de l'orignal est en partie attribuable aux coupes à blanc des forestières de Produits forestiers Résolu (maintenant propriété de Domtar,) comme établi dans le rapport préliminaire des études Anishnabe sur l'orignal de 20222. Pour les Anishnabe, les blocus ont permis de tisser des liens avec des chercheur·euses académiques. Celleux-ci partagent leurs savoirs et leurs ressources pour supporter les peuples autochtones, et ce, tout en contribuant activement à démanteler le modèle colonial de recherche qui est prédominant3.

Les liens établis lors de ces différents exercices de souveraineté constituent ainsi la base de relations profondes allant plus loin que celles coloniales (lesquelles se fondent sur la simple transaction).

Soyons solidaires!

Au-delà de ce qui a été répertorié dans le présent article, en ce moment, il y a plein d’autres camps, mouvements et autres lieux d’exercice de souveraineté ancestrale. À travers des gestes en appui à ces luttes, nous pouvons bâtir des relations profondes et décoloniales avec les peuples autochtones. Pour les camarades non autochtones situé·e·s en ville ou en région, il y a diverses manières de soutenir les luttes en cours. Cela peut être aussi simple que d’organiser une levée de fonds festive ou de faire connaître la véritable histoire du territoire, et ce, en sortant du narratif colonial prédominant. En groupe ou seul·e, vous pouvez également aller directement sur les sites où se déroulent les luttes et ainsi tisser des relations profondes avec les camarades autochtones.

Outre cela, comme mentionné dans le texte Un système à détruire, un monde à reconstruire, rappelons que Domtar et ses sous-traitants ont des adresses et des bureaux physiques.

Toutes actions posées pour résister aux industries et aux États écocidaires ébranlent sérieusement leur discours de légitimation sur lequel ils s’assoient pour poursuivre leurs actions. Elles contribuent aussi à mettre en lumière le fait que les territoires sur lesquels l’État et les compagnies font leurs activités ne leur appartiennent pas : ils les ont volés.

Jusqu’à ce que la relation entre les êtres vivants soit rétablie et que le capitalisme et le colonialisme soient détruits, il est impératif de continuer à agir et à apprendre les un·e·s des autres.

Pour aller plus loin:

1 Quebec’s disastrous forest reform bill was killed, but the threat remains, Al Jazeera, par Kolinjivadi, par V. and Renaud, N., publié en 2025: https://www.aljazeera.com/opinions/2025/10/28/quebecs-disastrous-forest-reform-bill-was-killed-but-the-threat-remains  - https://ziply.pk/yyMi7v

2 La population d’orignaux dans le parc La Vérendrye s’affaisse et les Anishnabe ont la solution, par Vi Bui, publié en 2022 : https://conseildescanadiens.org/analyses/la-population-dorignaux-dans-le-parc-la-verendrye-saffaisse-et-les-anishnabe-ont-la-solution/ 

3 Research for the front lines: https://researchforthefrontlines.ca/