Le courtage entre cette compagnie suédoise et la CAQ pour l’implantation de sa méga-usine de batteries de voiture, Northvolt Six, date d'aux alentours de la COP15. En février 2023, après un déjeuner entre son PDG, Paolo Cerruti, et Fitzgibbon, ministre de l'économie, le gouvernement modifie la Loi sur la qualité de l'environnement afin d'éviter qu’une évaluation environnementale du BAPE ne soit exigée, et le ministère de l’Environnement bloque un projet immobilier un grand terrain boisé entre St-Basile et McMasterville parce qu’il portait «atteinte à la conservation de la biodiversité.», mais dont le but réel est de permettre à Northvolt, «client du gouvernement», de s'installer.

En septembre, Legault et Trudeau officialisent leur offre de 7 milliards de $ de fonds publics à Northvolt, mettant à jour un projet manigancé en portes closes, dans un contexte où, depuis près de 40 ans, le financement des sociétés de transport en commun est réduit radicalement et le coût de la vie ne cesse d'augmenter.

Détruire les derniers bastions de la biodiversité périurbaine

Le terrain où Northvolt sera situé est l’un des derniers refuges pour de nombreuses espèces menacées et protégées légalement. En détruisant treize hectares de milieux humides et plus de cent hectares de milieu boisé, ils feront disparaître un site riche en biodiversité qui sert entre autres à la nidification et à la migration de 142 espèces d’oiseaux, notamment les hirondelles de rivage et le petit blongios. Des centaines de scientifiques, des milliers de citoyen·ne·s, les ONG environnementales ainsi que la nation Kahnawà:ke dénoncent les accords en coulisses qui ont permis de réaliser ce projet sans consultation ni évaluation indépendante.

Northvolt, experts en greenwashing

Northvolt est le plus gros investissement privé de l’histoire du soi-disant Québec, et aussi sa plus grande campagne de greenwashing qu'il importe de dénoncer. Le gouvernement et ce géant suédois tentent de nous faire croire que la fabrication de nouvelles batteries, principalement pour les véhicules électriques, est un moyen viable de réduire les émissions de carbone. Ce qui est clair, c’est que cette transition vers l'électricité n’est en rien un projet vert. En effet, à l’échelle mondiale, des centaines de nouvelles mines seront ouvertes pour remplacer les technologies de transport basées sur les hydrocarbures par  des solutions électriques à base de batteries nécessitant des processus  extrêmement polluants pour l’extraction, la purification et le transport des minéraux. Une telle transition ne serait que la continuation de la dépossession des peuples autochtones de leurs terres et de la destruction environnementale par le capitalisme, justifiant la production de milliards de nouvelles voitures. Il n’y a pas de transition possible sans décolonisation ni décroissance.

Repenser l'aménagement territorial

Une grande partie des changements climatiques sont en fait le produit de la dépendance structurelle aux voitures des pays du Nord global. L’aménagement des villes pourrait facilement être revu afin de faciliter des solutions de transport beaucoup moins onéreuses et polluantes. Toutefois, ceci ne peut se faire tant que les gouvernements de tous paliers priorisent la croissance économique aux dépens de la crise climatique. Ceux-ci consolident la dépendance à la voiture en favorisant la construction de banlieues et l'étalement urbain, notamment par le financement des hypothèques par le biais de la SCHL, le zonage restrictif empêchant la construction de logements, ou encore la construction d'autoroutes et les exigences de stationnement minimal, cicatrices sur le territoire écrasant les communautés, éloignant les espaces de vie et forçant un mode de transport individualiste. Pour stimuler la consommation et les investissements immobiliers, ils font de la voiture un choix beaucoup plus attrayant qu'il ne devrait l'être.

De quel côté sont nos gouvernements?

Le gouvernement canadien a tout intérêt à financer les compagnies de batteries, puisqu'il est un paradis fiscal pour les minières. En effet, 75% des entreprises minières mondiales sont basées au Canada. Elles profitent de nos réglementations laxistes et au même moment commettent des violations des droits humains partout dans le monde. Au soi-disant Québec, ceci se produit à l'encontre des communautés autochtones qui résistent contre les projets d’extraction comme au Lac Barrière contre une mine de cuivre et de nickel, ou encore dans le sud de la province où la coalition Qlaim agit contre l’envahissement des minières sur le territoire.

Lutter contre Northvolt, ce n'est pas seulement ralentir un projet capitaliste écocidaire, c'est aussi de s’attaquer directement à l’extractivisme et au colonialisme canadien en réduisant les débouchés pour leurs produits nocifs.

 

SOI-DISANT?

Dans les contextes décoloniaux, les termes « Québec » et « Canada » sont souvent préfixés de « soi-disant ». Ce langage n’est pas appliqué systématiquement à tout toponyme colonial – nous ne dirons pas le «soi-disant quartier Rosemont» ou le «soi-disant St-Basile». Son objectif est de remettre en cause la légitimité du pouvoir, hérité de leurs prédécesseurs les couronnes britannique et française, qu’ont les gouvernements canadiens et québecois, sur des territoires ne les ap- partenant pas et où résidaient déjà maints peuples. Ainsi, par métonymie, cet usage réfère au territoire lui-même, même si celui-ci ne s’adresse évidemment pas de même – il n’a pas de souverain, mais des gardien·ne·s. Par exemple, le peuple Kanien’kehá:ka, dont le territoire, Kanien:ke, s’étend à l’ouest de la rivière Richelieu, où Northvolt veut s’installer, et au sud du St-Laurent, où se situe l’île de Montréal, Tiohtià:ke.